Biographie de Jean Monnet

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Nous sommes étudiants en droit ou en économie à la faculté Jean Monnet de l’Université Paris Sud. Mais que savons-nous en réalité de l’homme dont notre lieu d’enseignement a emprunté le nom ? Pour répondre à cette question, certains évoqueraient probablement son rôle dans la construction européenne, d’autres diraient succinctement qu’il est l’un des pères fondateurs de l’Union européenne.

Résumer de façon aussi lapidaire la vie et l’œuvre de l’homme serait méconnaître les apports majeurs de ce diplomate d’excellence à la paix mondiale durant le XXe siècle.

Le natif charentais, qui a vécu durant le siècle le plus hostile de l’histoire - les deux guerres mondiales et la guerre froide -, disait qu’« il y a deux sortes d’hommes : ceux qui veulent être quelqu’un et ceux qui veulent faire quelque chose ». Il faisait partie de cette seconde catégorie d’hommes ceux qui préféraient agir plutôt que paraître. Il aimait l’anonymat et sa discrétion a empêché quantité de Français – beaucoup ne connaissent même pas son nom - de mesurer ce que notre époque doit à cet homme d’Etat.
 

Biographie de Jean Monnet

Jean Omer Marie Gabriel Monnet est né le 9 novembre 1888 à Cognac. Issu d'une famille de négociants en cognac, il développe de remarquables qualités relationnelles en assistant son père lors des négociations avec des clients étrangers.

À seize ans, il interrompt ses études et débute sa carrière dans l'entreprise familiale, puis son père l’envoie se former à Londres. Du séjour londonien et des nombreux voyages en Amérique du Nord, Monnet tirera une parfaite maîtrise de l'anglais, chose rare à l'époque pour un Français et une profonde connaissance de la mentalité anglo-saxonne, ce qui lui permet de mettre en confiance ses interlocuteurs et lui ouvre les voies du commerce international. Jean Monnet devint en effet un homme d’affaires respecté et prospère, à la tête d’une des premières entreprises françaises totalement mondialisée, spécialisée dans le commerce de l’eau-de-vie fine.

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1. Jean Monnet, actif d’une guerre à l’autre

N’ayant pu intégrer l’armée pour raisons de santé, il servit la France sur un autre terrain.

En 1914, après la bataille de la Marne, à peine âgé de vingt-six ans, fort de son expérience d'affréteur maritime, il obtient un entretien avec le Président du Conseil, René Viviani, replié à Bordeaux, à qui il décrit le gâchis que représente l'utilisation désordonnée des flottes marchandes française et anglaise et explique la nécessité de créer un pool maritime franco-anglais pour optimiser les transports de vivres, munitions et matières premières.

Il devient haut-fonctionnaire interallié en 1916, pendant toute la durée restante de la Première Guerre mondiale et responsable de la coordination des ressources alliées. Il est confirmé dans ses fonctions par Clémenceau. En 1919, il travaille à la création de la Société des Nations, et effectue des missions en Silésie, en Autriche, en Pologne et en Roumanie. Il aida à réorganiser les finances de plusieurs pays d’Europe de l’Est. Il est appelé au poste de secrétaire général adjoint de la nouvelle organisation internationale.

Démissionnaire en décembre 1923, pour rejoindre quelque temps l'entreprise de son père, Jean Monnet s'engage dans une carrière d'homme d'affaires et de financier international. Il travaille en France et aux États-Unis, où il crée et dirige une grande banque américaine à San Francisco, puis en Chine, comme conseiller de Tchang Kaï-chek qui voulait faire entrer son pays dans le XXe siècle., Monnet participe à la reconstruction du réseau ferroviaire chinois.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Jean Monnet offrit à nouveau ses services à son pays. Rentré en France, en 1938, il préside, dès décembre 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, le comité de coordination visant à mettre en commun depuis Londres, les capacités de production de la France et du Royaume-Uni en vue de préparer et de coordonner l'effort d'armement.

Il réussit à convaincre Churchill et de Gaulle de former une union politique afin de combattre le nazisme, mais ce projet échoua au dernier moment.

Lorsque Hitler lance son offensive le 10 mai 1940, et avant la capitulation française, il arrive à persuader Churchill, dans une note intitulée Anglo French Unity, de l'intérêt d'une fusion immédiate de la France et du Royaume-Uni avec un seul Parlement et une seule armée, pour être plus forts face à l'Allemagne. Le général de Gaulle est chargé de faire signer le traité à Paul Reynaud, le Président du Conseil. Le dimanche 16 juin, de Gaulle, en mission à Londres, dicte lui-même au téléphone le texte de la note à Paul Reynaud. Le même jour il arrive à Bordeaux, apprend que Paul Reynaud est démis de ses fonctions le soir même, et que Philippe Pétain est devenu Président du Conseil. Le 17 juin au soir, Jean Monnet reçoit à son domicile londonien le général de Gaulle, qui prépare son appel radio diffusé du lendemain. Jean Monnet coopère momentanément avec lui pour tenter de maintenir le gouvernement de la France aux côtés des Alliés. Néanmoins, il refuse de s'associer à lui pour le lancement de la France libre. Paradoxalement, de Gaulle et Monnet étaient très différents mais eurent immédiatement la même analyse sur la nature mondiale de la guerre et sur son issue victorieuse grâce à l'intervention certaine des USA. Au cours de leur vie politique, ils continueront à s'affronter.

En août 1940, Jean Monnet est envoyé aux États-Unis par le gouvernement britannique, pour négocier l’achat de fournitures de guerre. Les États-Unis étaient isolationnistes, mais il réussit à persuader le président Roosevelt de relancer l'industrie de guerre américaine, afin de pouvoir contre-attaquer très vite et très fort le moment venu. C’est la mise en place du « Victory program ». Jusqu’en 1945, il s’emploiera à coordonner l’effort de guerre entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Dès 1942, il était prévu de construire 60 000 avions, 45 000 chars d’assaut et huit millions de tonnes de navires de guerre. Jean Monnet résumera cette politique par une phrase célèbre : « Il vaut mieux 10.000 chars de trop qu'un seul de moins (que nécessaire) ». John Keynes a dit de lui qu’il avait abrégé la guerre d’un an.

En 1943 à Alger, il devient successivement membre du Commandement civil et militaire de Giraud, qu’il exhorte à abandonner la législation de Vichy (voir Régime de Vichy en Afrique libérée 1942-1943), puis membre du Comité français de la Libération nationale institué pour unifier l’effort de guerre des autorités françaises de Londres et d’Alger.

2. Jean Monnet, de la reconstruction à l’unification européenne

Pour Monnet, l'économie de guerre était planifiée, et il est naturel que l'économie de la reconstruction le soit aussi, mais son but n'est pas d'adopter la philosophie de la planification à la soviétique et surtout de transposer en France leurs méthodes autoritaires. Son but est d'insuffler du dynamisme, pas d'imposer des objectifs. Il est le père de la planification à la française. Le travail de ses services consiste à étudier la situation, à mettre en évidence les priorités, à évaluer les volumes de production souhaitables, à lancer les discussions sur les moyens de les mettre en œuvre, et surtout à lancer la reconstruction et la modernisation de l'appareil de production. En 1943, devenu membre du Comité français de libération nationale, le gouvernement français en exil à Alger ; il exprima pour la première fois son idée d’une union de l’Europe qui permettrait de restaurer et de maintenir la paix. Lors d’une réunion du comité, le 5 août 1943, il déclara : « il n’y aura pas de paix en Europe si les États se reconstituent sur une base de souveraineté nationale […]. Les pays d’Europe sont trop étroits pour assurer à leurs peuples la prospérité […]. Leur prospérité et les développements sociaux sont impossibles, à moins que les États d’Europe se forment en une fédération [… ]».

En 1944, il est chargé d’évaluer les besoins qu’aura la France après la libération, et négocie auprès du gouvernement américain, les premiers prêts et les premiers accords de crédit. Cependant, il n’a aucune responsabilité dans le lancement du Plan Marshall. Une fois son plan adopté et mis en œuvre, il estima que la reconstruction et l’intégration européennes ne prenaient pas forme aussi rapidement ni de manière aussi satisfaisante qu’il l’aurait souhaité. Dans un contexte de fortes tensions internationales, Jean Monnet reconnut qu’il était temps de franchir un pas décisif vers l’unité européenne. Il commença donc à travailler avec son équipe sur l’idée d’une Communauté européenne.

Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères, fit une déclaration au nom du gouvernement français. Cette déclaration, dont Monnet fut l’inspirateur, proposait de placer toute la production franco-allemande du charbon et de l’acier sous la responsabilité d’une Haute Autorité. L’idée était que, si la production de ces ressources était partagée par les deux pays les plus puissants du continent, les guerres seraient évitées. Les gouvernements allemand, italien, néerlandais, belge et luxembourgeois y ayant répondu favorablement, la déclaration jeta les bases de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, qui fut à l’origine de la Communauté économique européenne et, à terme, de l’Union européenne.

Après l’échec de la « Communauté européenne de défense » en 1954, Jean Monnet créa le « Comité d’Action pour les États-Unis d’Europe », afin de raviver l’esprit d’intégration européenne. Ce comité a été à l’origine de nombreuses initiatives allant dans ce sens : création du marché commun et du système monétaire européen, sommets du Conseil européen et élection du Parlement européen au suffrage universel.

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Bien qu’ayant quitté l’école dès l’âge de seize ans, et malgré tous les obstacles rencontrés, Jean Monnet se forge, au contact de la réalité économique et par l’analyse des échecs de la SDN, une vision universaliste des rapports entre les hommes, tournée vers un objectif clair : faire réellement avancer les États sur la voie de la paix ; Il a occupé de nombreuses fonctions en tant qu’homme d’affaires, financier, diplomate et homme d’État. Il n’a cependant jamais été officiellement investi d’un mandat politique et n’a donc pas disposé des pouvoirs nécessaires pour mettre ses idées en application. C’est grâce à ses talents d’argumentation et de persuasion qu’il convainquit les responsables européens d’œuvrer pour des intérêts communs et de comprendre les avantages de la coopération.

Le 16 mars 1979, à plus de quatre-vingt-dix ans, ce voyageur infatigable qui voulait tant rapprocher les hommes s’éteint dans sa maison à Bazoches, dans les Yvelines. Ce Père de l’Europe, que les plus grands de ce monde (tel Roosevelt, Blum, Churchill ou De Gaulle...) ont considéré comme leur égal, avait ainsi produit une œuvre politique décisive qui a durablement transformé notre cadre de vie et les destinées de tout un continent.

sources :

http://www.ajmonnet.eu/

http://www.linternaute.com/biographie/jean-monnet-1/

http://www.touteleurope.eu/l-union-europeenne/histoire-de-l-ue/les-fondateurs.html

http://europa.eu/about-eu/eu-history/founding-fathers/pdf/jean_monnet_fr.pdf

http://webetab.ac-bordeaux.fr/Etablissement/JMonnet/monnet2.htm

http://www.herodote.net/Jean_Monnet_1888_1979_-synthese-206.php

http://www.cairn.info/revue-parlements-2007-3-page-55.htm

 

Publié dans édition 2014

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